Attention perturbée sous la pression psychologique : Quels effets ?

Concentration et focalisation

Quand notre tête est ailleurs ou que nous ne prêtons pas attention aux bonnes informations, difficile d’être efficace. C’est souvent le cas lorsque nous sommes sous pression. Concentration ? Attention ? Focalisation ? Comment cela se fait-il que nous ne puissions pas gérer autant d’informations que nous le souhaiterions ? Que se passe t-il sous l’effet de la pression lorsque notre concentration et notre attention ne sont pas ce qu’elles devraient être ?

Les principes importants

Concentration et attention ne sont pas la même chose

Pour commencer il est important de se mettre en accord sur certains termes et notions. En effet quelles différences faites-vous entre Concentration et Attention ? L’objectif de cet article n’est pas de se battre sur l’appellation pain au chocolat ou chocolatine puisque nous savons bien évidement tous que la seconde n’existe pas.

Ainsi en ce qui concerne notre sujet, ce que nous pouvons appeler la Concentration fait référence à l’état d’esprit qui isole la conscience des éléments de distraction. A contrario l’Attention est un état d’ouverture de notre esprit à des éléments spécifiques. Nous pouvons aussi décomposer cette dernière en deux éléments. L’Éveil, qui est la faculté à capter une quantité plus ou moins importante d’éléments (que l’on appelle aussi indice). La Focalisation, qui est la faculté de considérer un ou plusieurs indices parmi d’autres. Nous reviendrons sur ces 2 notions plus tard !
Jusque là tout est simple, alors parlons du concept qu’il faut avoir à l’esprit et sans lequel cet article n’aurait aucune raison d’exister.

Le modèle de capacité de traitement limitée

Il est très important de garder cette notion à l’esprit : notre cerveau ne peut traiter qu’un nombre limité d’information simultanément. Étonnant quand on sait qu’il gère quelques 400 milliards de bits d’informations chaque seconde. C’est ce que l’on appel le modèle de capacité d’attention sélective mis en évidence pour la première fois par Keele en 1973. Nous disposons d’un espace fini que nous remplissons par le volume de chaque tâches que nous devons accomplir. Une tâche plus complexe prendra bien évidement plus de place. Une fois que cet espace est plein, nous sommes incapable de prendre en charge des actions supplémentaires tant que nous ne libérons pas de la place.

La capacité de traitement est un facteur qui dans un contexte « normal » peut énormément varier d’une personne à l ‘autre en fonction des capacités innées. Nous ne sommes en effet pas tous égaux face à la même situation. Et selon le temps alloué et la complexité de celle-ci nous pouvons vite être mentalement saturé.

La capacité de traitement peut être facilement mise en évidence :
Admettons que je vous demande de compter. Jusque la normalement tout va bien.
Ajoutons en même temps le fait de dribbler entre vos jambe avec un ballon de basket en avançant ? Ça va toujours ?
Et maintenant si je vous demande en plus d’écouter une autre personne parler ?

Deux solutions, cela devient compliqué ou bien vous êtes basketteur.

De l’importance de la gestion de l’attention

On retrouve couramment ce genre de situation dans le sport, ou le temps de réflexion dont dispose le sportif est parfois de quelques secondes pour gérer une situation complexe.

Par exemple dans mon sport, le badminton, le même joueur frappe le volant toute les 2 secondes en moyenne. Je vous laisse faire le calcul. Chaque joueur dispose d’un temps très court pour réagir à la frappe de son adversaire, prendre lui même une décision tactique et exécuter sa propre frappe.

Fort heureusement en augmentant la compétence on peut réduire l’espace de traitement nécessaire d’une tâche. Vous comprendrez qu’il est tout de même fondamental pour être performant de contrôler parfaitement son attention afin de ne traiter que les informations utiles. Si dans un contexte commun cela est souvent aisé, croyez moi la chose n’est pas toujours si simple.

Effectivement notre cerveau n’a pas fini de nous jouer des tours notamment lorsqu’il est sous pression. Alors que ce passe t-il lorsque c’est le cas ? Voyons quelques mécanismes et manifestations concrètes d’une attention perturbée lorsque nous sommes sous la pression psychologique !

Surcharge psychique

Les manifestations d’une attention perturbée

Les effets ironiques et la surcompensation

Les effets ironiques, ce sont les grands classiques. Nous nous disons : « Il ne faut absolument pas que j’oublie mon dossier en partant ». « Je ne dois pas faire tomber mon verre ». « Il ne faut vraiment pas que je fasse de faute ». Devinez quoi ? C’est exactement ce qu’il se produit. Cela part du principe que notre cerveau n’est déjà pas capable de gérer la négation. Dites vous de ne pas tomber vous allez d’abord vous imaginer tomber pour ensuite vous imaginer rester debout.

D’après la théorie nous avons donc un processus Opératoire dont le but est de remplacer une pensée dite « erronée » par une pensée « correcte ». Il s’agit d’une opération gourmande en énergie psychique. Des lors que le psychique est surchargé, c’est le processus de surveillance qui vient supplanter le processus opératoire. Contrairement à ce dernier, il agit de manière inconsciente et automatique. Les pensées « erronées » ne sont plus triées, ce qui crée alors l’état d’esprit favorisant l’erreur et la perte de contrôle. Alors ce que l’on cherche à éviter est exactement ce qu’il se produit.

Surcompensation et effets ironiques

Un second phénomène s’en rapproche : la surcompensation. Imaginez  que vous deviez faire un putt au golf. Je vous demande de vous rapprocher le plus possible du trou « sans trop le dépasser ». Dans le cas d’une surcompensation vous allez putter beaucoup trop court. En tout cas probablement plus court que si la consigne était simplement d’exécuter un putt le plus près possible du trou. Pour éviter un effet indésirable, nous allons excessivement compenser l’action qui mènera à l’effet contraire.

Que ça soit dans le cas de l’effet ironique ou de la surcompensation, le constat est le même, l’attention n’est plus focalisée essentiellement sur l’objectif à atteindre et entrave donc l’action qui mène à la performance.

Le basculement du type d’attention

Il existe deux « types » d’attention :
Le premier, l’attention interne, est centrée sur la décomposition de la tâche en elle-même. Considérons une performance de chant dans ce mode. Nous porterions notre attention sur comment nous ouvrons la bouche pour bien articuler, comment nous devons contracter les différents muscles du corps pour bien gérer notre souffle ou encore à la distance du micro par rapport à nos lèvres.

Second cas, l’attention dite externe, est focalisée sur les effets externes de la tâche. Pour notre exemple de chant, l’attention se portera sur le résultat mélodique, le rythme perçu, la clarté de la note qui sort du speaker, et soyons dingue, le fait que mon auditoire le plus proche tende plus sur le jeté de tomates que l’écoute attentive.

D’après les observations, l’Attention interne est parfaite pour l’apprentissage et l’Attention externe favorise la fluidité d’exécution. Nous avons naturellement tendance à adopter une Attention externe à partir d’un certain dégrée d’assimilation d’une tâche. Lorsque nous forçons l’attention interne nous entravons donc l’exécution fluide d’une tâche automatisée. La pression aura tendance à vous faire basculer involontairement dans un mode interne qui n’est pas forcement approprié pour délivrer la meilleure performance.

Hypothèse de l’action contraire et traitement explicite

Action contraire

Les deux mécanismes pourraient imager l’effet néfaste de la focalisation interne sur la performance. L’hypothèse de l’action contraire veut que les tentatives délibérés de contrôle de l’action perturbent et entravent la fluidité du processus automatique de contrôle moteur.

Pour deux ou trois je sens que ça n’est pas très claire n’est ce pas ? Disons donc que trop se focaliser sur l’exécution d’une tâche entraîne de la crispation musculaire et de l’imprécision. Au finale notre volonté de bien faire, et au plus vite, se révèle ne pas être la plus direct pour atteindre le résultat désiré.

Pensez à la dernière fois ou vous étiez vraiment pressé et qu’il fallait ouvrir très vite la serrure de la porte d’entrée. Généralement on ne dégage pas la bonne clé du trousseau, on galère à la rentrer dans le trou de la serrure et montre en main le résultat est plutôt discutable.

La seconde hypothèse est l’hypothèse du traitement explicite. D’après elle se focaliser de façon interne augmente notre niveau de contrôle conscient ce qui diminue la place alloué au traitement de l’information. On pourrait dire que c’est probablement le cauchemar des moniteurs d’auto-école. Nous sommes concentré à fond sur l’enchaînement d’action pour bien passer notre vitesse. Plus de place alors pour enregistrer ce qu’il se passe sur la route et c’est la fête du slip aux refus de priorités !

La pensée impacte directement nos actions

Ces phénomènes nous montrent que notre façon de considérer et de traiter les informations ont un impacte directe sur nos actions. Certains état d’esprit peuvent effectivement créer des contextes défavorables à l’exécution d’une tâche. L’histoire ne s’arrête pas la. Car avant de voir comment améliorer notre attention il nous reste une autre question à élucider. En effet comment la pression en vient elle à déclencher ce genre de phénomènes ? Nous en parlons dans le prochain article.